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Texte par Stéphanie Blouin | Édition et photo par Marie-Christine Daignault
Facile d’imaginer le cycliste de montagne typique: affûté comme une lame, mollets durs comme des racines, cardio infini, sourire assumé, courage sans faille et habiletés sans limite... Entre le stéréotype et la réalité terrain, il y a toute une différence ! Ce n’est pas tout le monde qui entre dans ce moule-là. Un corps plus rond, des cuisses qui frottent, un souffle qui se fait entendre, une pause en montée, des moments d'hésitation ou de doute, une petite marche pour éviter un obstacle… Ça, c’est rarement la marque de commerce du vélo de montagne dans l'imaginaire collectif et pourtant, c’est tout aussi légitime. On le sait, on le veut, on le répète: le vélo de montagne appartient à celles et ceux qui osent embarquer dessus.
Oui! Mais...
Lorsque j'observe, dans le stationnement ou encore sur la terrasse autour d’une bière, des cyclistes habillés au goût du jour, jaser d'exploits et de technique, ils représentent l'image des «vrais» cyclistes de montagne. Évidemment que je me compare, moi, qui n'a pas de lunettes de soleil, de bas dans mes sandales, de casquette d’un mont ou d’une micro-brasserie. J'ai les cheveux collés par la sueur, la face encore un peu rougie et des traces de boue un peu partout.
Combien de fois ça m’est arrivé de jaser avec un.e cycliste super sympathique jusqu’à ce que commence une énumération des noms de pièces comme s’il récitait le dictionnaire Shimano. Moi, je souris, je cligne des yeux, mais dans ma tête, je me demande si c’est une fourche ou un frein !
Ou encore les fois où j’ai entendu le nom d’une marque de pièce de vélo, lancé comme si c’était évident, et que je me force à sourire poliment, sans savoir si on parlait d’un cadre, d’une suspension ou d’un pneu.
J'ai arrêté de compter le nombre de situations où je me suis surprise à justifier, presque gênée, que oui, oui, je porte un casque avec une mentonnière et que, non, je ne fais pas de gros sauts. Je le mets parce que j’ai des antécédents de commotion, pas parce que je suis une pro ou que je fais de grosses pistes.
C’est à travers ces expériences et interactions que le syndrome de l’imposteur s’installe. C'est là qu'on se demande si on fait vraiment partie de la «gang».
Parce que dans notre sport, l’image est forte. Les vidéos sont stylées, les cyclistes dans les publicités semblent voler entre les arbres avec une fluidité presque irréelle. Ils savent quoi faire, quoi dire et même comment respirer en montée. Toi, tu respires peut-être fort, tu es essoufflé, tu as parfois le visage rouge-vin et il arrive même que tu trembles un peu parfois.
Tu regardes les autres, tu te compares et, forcément, tu te demandes si tu vas y arriver, si tu as ta place. C’est humain, ressentir ce doute, ce petit malaise, ce «je-ne-suis-pas-légitime».
À entendre les conversations d'après-sortie et à regarder les réseaux sociaux, on a vite l'impression que tout le monde roule dans de grosses pistes, fait de gros obstacles à toutes les sorties, comme si c'était la norme.
Pourtant, 85% des pratiquants du Québec se considèrent de niveau débutant ou intermédiaire et 63% préfèrent les sentiers intermédiaires. Fait étonnant, le cross-country reste la discipline la plus pratiquée chez nous, à 62%, selon une enquête réalisée pour Vélo-Québec.
Rouler des bleus ne veut pas dire que tu n’as pas ta place. Ça veut simplement dire que tu es conscient de ton niveau, que tu es humble et que tu veux bien faire.
Surtout, tout ça ne doit pas t’empêcher de faire du vélo de montagne!
Le sentiment d’imposture, on ne le guérit pas d’un coup. On peut apprendre à ne plus le laisser freiner notre plaisir. Si tu as l’impression d’être à côté de la track, rappelle-toi que la montagne ne juge personne. Elle t’accueille quand tu viens, avec respect, curiosité et envie d’apprendre. Alors, prends ton vélo, respire un bon coup et roule comme toi, pas comme les autres.
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