Texte par Mélanie Larouche | Photos fournies par En marche

PROJET EN MARCHE: BÂTIR SON ESTIME ET DES SENTIERS

Projet de réinsertion socioprofessionnelle qui accompagne les jeunes à l’école de la forêt


Derrière les sentiers magnifiquement aménagés de la Vallée Bras-du-Nord se cache un petit trésor de projet communautaire, d’une grande richesse humaine et thérapeutique, qui change des vies depuis une vingtaine d’années déjà.


Le projet de réinsertion socioprofessionnelle En Marche accompagne chaque année un groupe d’une dizaine de jeunes à l’école de la forêt, où travail et nature deviennent le parfait prétexte d’un retour sur soi, pour paver la voie à un nouveau départ.

En Marche cumule les succès et fait désormais figure de modèle au Québec et à l’international pour son approche distinctive, porteuse de retombées humaines inestimables.

Mené par la Coop de solidarité Saint-Raymond de Portneuf, le projet En Marche propose à des jeunes âgés entre 16 à 35 ans aux prises avec diverses problématiques de vie (décrochage, troubles anxieux, TDAH, toxicomanie, délinquance, etc.) de prendre part à une démarche sérieuse, d’une durée de six mois.

À travers un chemin parfois difficile, il les mènera vers de nouveaux horizons.

UNE MISSION RÉCRÉOTOURISTIQUE ET SOCIALE

« La mission première de la coopérative est le développement récréotouristique, mais toujours dans une vision de développement durable, explique d’entrée de jeu Étienne Beaumont, directeur adjoint. L’axe social, c’est vraiment notre ADN. Le projet En Marche est devenu un projet majeur pour notre coopérative. Nous l’avons fait évoluer au fil des années pour bien l’adapter aux besoins de chacun, les nôtres et ceux de la communauté. »

Près de 250 jeunes ont bénéficié depuis 2002 des nombreuses vertus thérapeutiques du projet, en plus d’avoir contribué à bâtir et à entretenir les sentiers pédestres et de vélo de montagne de la Vallée Bras-du-Nord. « On joint l’utile à l’agréable, le bien des sentiers et celui des jeunes », souligne Étienne.

Ce dernier est particulièrement fier du beau processus d’intervention que le projet a permis de mettre en place au fil du temps. « Les jeunes sont bien encadrés. Ils sont pris en charge comme des travailleurs à temps plein et rémunérés au salaire minimum. Ils réalisent un travail récréoforestier de qualité, du lundi au vendredi. On assure le transport de tous. Au terme du parcours, on leur offre un accompagnement supplémentaire de 6 mois avec un travailleur social. »

« Ces jeunes font partie des bâtisseurs de la Vallée Bras-du-Nord. Ils se font remercier régulièrement au passage des cyclistes et randonneurs. Tous ressortent transformés et grandis de leur expérience. »

– Étienne Beaumont

LES BIENFAITS DE L’INTERVENTION PAR LA NATURE

Le défi d’En Marche n’est pas banal: les groupes sont hétérogènes, ils réunissent des jeunes référés généralement par des organismes communautaires connaissant bien le projet et ses bienfaits. « Les candidats nous proviennent de tous horizons, des profils atypiques, des difficultés importantes. Leur estime de soi est en chute libre et freine leur progression dans la vie. »

«Notre trame d’intervention propose un processus où tout est pensé, peu de choses sont laissées au hasard, précise-t-il. Le but est de sortir les jeunes de leur zone de confort pour créer un peu d’instabilité, mais on est là pour les accompagner. La notion d’aventure fait ressortir plein de choses, on est en observation et on est en interaction sur mesure. Par de multiples expériences, on a le reflet de ce qui se passe en eux.»

L’intervention par la nature et l’aventure est en plein essor mondialement. La grande force d’En Marche, c’est son équipe! Des professionnels du plein air formés en intervention sociale, des gens passionnés et dévoués, qui ont à cœur d’aider et de s’investir pour la cause.

Toutes les leçons vécues sont transférables à leur quotidien. « On leur fait vivre des situations qui les secouent, parfois négativement, parfois positivement, mais elles sont toujours très riches pour les faire avancer. On fait des analogies avec la nature, les saisons ; il y a des rapprochements à faire avec la vie, des réflexions, des prises de conscience. On travaille à ce qu’ils soient à l’aise et vrais, qu’ils s’ouvrent malgré leur vulnérabilité. »

PRENDRE SON ENVOL MALGRÉ LES DIFFICULTÉS

Quelques expéditions figurent au programme des six mois et celles-ci génèrent parfois beaucoup d’anxiété, entraînant des comportements désorganisés. « Nous, on est sur notre X, on est des professionnels en gestion de crise, on est prêts, insiste Étienne. Autant ça peut être difficile, autant c’est très gratifiant comme travail, on les voit évoluer. On les amène à apporter des changements significatifs dans leur vie, on les amène à être engagés envers eux-mêmes. On les met en mouvement, en action, dans leur tête, dans leurs tripes, dans leur vie. Notre plan d’intervention est fait en fonction des objectifs de chacun, peu importe lesquels. »

La dynamique d’équipe qui se forme malgré les différents profils qui composent le groupe en vient à créer un esprit de famille très fort; les jeunes sont soudés, ils se serrent les coudes. «Le travail qu’ils ont à faire est exigeant, certaines journées sont très difficiles... la météo et le vécu personnel ont une influence sur chacun. On a des jeunes qui sont poqués de la vie, mais on les accompagne bien, l’approche d’intervention est adaptée à chacun. Parfois, on est la dernière ligne pour eux. Chez certains, un pattern s’est installé et ils font du sabotage parce qu’ils ont connu plus d’échecs que de réussites dans la vie. Mais on les aide à faire et à voir les choses différemment. »

En Marche aborde tous les volets de l’insertion socioprofessionnelle, de l’acquisition de compétences, à l’identification des forces et faiblesses, en passant par le développement de talents et les processus décisionnels. « On gère tout cela le mieux possible grâce à des intervenants terrain qui optimisent chaque journée, note Étienne. On les aide à rebâtir leur estime, leur fierté, on génère une valorisation très forte, on est dans le renforcement. Et puisqu’ils font partie des bâtisseurs de la Vallée Bras-du-Nord, ils se font remercier régulièrement au passage des cyclistes et randonneurs. Tous ressortent transformés et grandis de leur expérience. »

DONNER DES AILES: KELLY RACONTE

Récompense suprême d’un tel don de soi, plusieurs jeunes ayant réalisé le programme En Marche donnent de leurs nouvelles après quelques années...

L’une d’eux, Kelly, témoigne avec émotion de son expérience: « J’ai fait En Marche il y a quatre ans. À ce moment, je vivais beaucoup d’anxiété, j’avais du mal à fonctionner, mon estime de moi était à son plus bas. J’avais besoin de relever un défi personnel pour me dépasser, me prouver que j’étais capable. Il fallait que je réapprenne à me faire confiance.

En Marche m’a permis d’atteindre progressivement mes objectifs. Évidemment, ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais j’y ai puisé de précieux outils pour me reprendre en main et aller de l’avant. J’ai enfin réussi à exprimer ce que je vivais intérieurement... les intervenants m’ont beaucoup aidée à me retrouver. Parce que j’étais en train de me perdre...

J’ai repris le contrôle de mon anxiété, j’ai appris à mettre par écrit mes émotions et mes états d’âme, ça m’aide énormément à me libérer l’esprit. Aujourd’hui, je travaille au camp de jour de Saint-Raymond et en février prochain, je vais débuter un DEP à Fierbourg en production agricole. Je suis fière de cet accomplissement, il m’a donné des ailes. »

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