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Texte par Marie-Christine Daignault | Photos par Malad Communications
Si le métier de coach de vélo de montagne est bien connu au niveau compétitif, celui dédié à la pratique récréative reste encore peu connu. Depuis 5 ans, le sport se démocratise à vitesse grand V : le portrait des cyclistes de montagne classique se diversifie. Plus nombreux dans les sentiers, ces nouveaux adeptes sont aussi plus sensibles à l’intérêt de suivre des formations pour se développer et progresser de façon sécuritaire.
De l’autre côté, l’industrie s’organise, des écoles de vélo de montagne dédiées à la pratique récréative s’établissent aux quatre coins de la province. Est-ce possible au Québec de vivre du coaching récréatif ? Nous avons posé la question à Chantal Ruel. En 2024, elle a fait le pas vers une nouvelle vie professionnelle, en vélo de montagne récréatif l’été, en ski alpin l’hiver.
CHANTAL: Avec plus de 27 ans à œuvrer auprès des victimes d’agression à caractère sexuel dans les centres spécialisés, j’avais besoin d’une pause et de légèreté. Je voulais aussi un travail qui m’amenait à travailler dehors. Je ressens plus que jamais le besoin de bouger et de travailler en activant mon corps. Faire du bureau pendant 8 heures, ce n’est plus mon truc pour le moment.
«Après un cheminement personnel et professionnel, j’ai décidé de rompre mon lien d’emploi en juillet dernier, de façon réfléchie et, surtout, préparée. J’ai eu un super milieu de travail, ouvert à mes aspirations et à l’écoute de mes besoins afin de réaliser cette transition et de bien boucler ma boucle. C’est précieux ce cadre dans ce type de démarche.»
- Chantal
Depuis plus de 4 ans, je m’investis de façon contractuelle dans plusieurs clubs locaux de mon secteur, dont Les Poules qui roulent et Les Chèvres de montagne, à titre d’entraineuse de vélo de montagne. Avec mon désir d’utiliser ce levier et d’explorer davantage cette profession, j’ai joint cette saison l’équipe de l’école de vélo de montagne LVL UP MTB. Avec toutes mes implications et mon engagement, j’ai été capable d’exercer sur une base plus régulière ce métier. J’ai réalisé que oui, c’est possible d'y arriver ! En plus, j’ai adoré accompagner les petits et grands riders dans leur progression tout au long de l’été. Pour compléter mon année, je retourne à une autre de mes passions cet hiver, le coaching du ski.
CHANTAL: Parfois, la vie t’amène à réfléchir à tes besoins et à ta relation face au temps qu'il te reste. Le genre de contexte qui t’ébranle et qui t’amène à vivre un inconfort si grand que tu ne peux plus l’ignorer. Ça arrive lors d’une séparation, d’une perte d’emploi, d’une maladie, d’une mortalité et lors de fragilité au niveau de sa santé mentale. Tous les genres de deuils quoi!
Moi, c’est le décès de mon père qui m’a poussé à agir et à oser. L’idée germait déjà bien avant, mais c’est ce qui m’a incité à me mettre en action. Pousser plus fort sur mon gros braquet question d’avancer concrètement et d’explorer plus loin un nouveau sentier. Je n’étais pas écœurée de mon travail, j’avais de la relève à l’interne, j’avais besoin de nouveautés et de changer ma routine professionnelle. Les motivations sont toutes bonnes, uniques à soi et à son propre rythme.
CHANTAL: Comme sur un vélo, il y a plusieurs habiletés et techniques à consolider! Dans un premier temps, j’ai eu de l’aide psychologique dans le but de m’autoréguler et de créer de l’espace pour mes grandes réflexions. J’ai trouvé une personne compétente pour m’accompagner dans mon processus de réorientation. Il y a des ressources publiques et privées dans toutes les régions. Cet accompagnement m’a amené à faire des tests de compétences, de valeurs et de personnalité (TRIMA).
J’ai décidé de ne plus miser sur les acquis que je maîtrise mais plutôt d’approfondir ce qui me fait sortir de ma zone de confort. C’est comme rouler une nouvelle ligne de sauts, ça prend du temps à bien maîtriser et au fur et à mesure de la progression, on y ajoute son style!
« Pour moi, la visualisation est importante. Croire que c’est possible de vivre de ses passions. Également, évaluer sa situation financière est primordiale et s’informer des leviers possibles afin d’atteindre son objectif. Le plus essentiel est d’avoir un entourage aidant et encourageant. Il y a plusieurs méthodes pour s’y prendre, mais l’audace et la confiance en soi en sont des éléments clés. Chacun doit trouver sa recette gagnante! »
- Chantal
C’est sans aucun doute un métier sérieux et professionnel. Je crois aussi que c’est viable, particulièrement dans les régions et les secteurs aménagés pour la pratique de ce magnifique sport. Les gens sont curieux et désirent apprendre les bonnes techniques afin de rouler avec solidité et assurance. Peu importe le niveau. La population cible est également très diversifiée : les enfants, les adolescents et les adultes de tous les âges.
Il y a plein de potentiel afin de créer des offres de services. Les occasions sont nombreuses et variées, par exemple les camps de jour, les écoles, les clubs de vélo, les hôtels, etc. Le vélo est accessible à tous et a le potentiel de devenir une activité familiale au même titre que le ski.
Pour arriver à être viable, il faut être créatif et surtout bien se protéger ! Je ne fais pas référence à des parties de nos équipement comme gants, casque et protections corporelles, mais bien de l’importance des assurances. Être un entraineur rime avec les mots responsabilité et professionnalisme. Il y a des risques de blessures et d’accidents autant pour l’apprenant que le coach. La gestion des imprévus fait partie de l’équation. S’improviser coach sans formation adéquate ou sous-estimer le risque, pour soi ou pour les autres, augmentent les dangers et les ennuis potentiels.
« Comme entraîneur dans la pratique récréative, nous avons la responsabilité d’assurer la sécurité, mais aussi de garder l’apprentissage dans le plaisir. Pour développer la solidité et la confiance dans leur pratique, peu importe le niveau et l’âge, faut que ça amusant, c’est un loisir ! »
- Chantal
Coacher exige des compétences techniques pour être en mesure de bien démontrer, des qualités pédagogiques pour savoir guider une progression et enseigner de nouvelles notions. Le plus important, c’est sans doute le volet relationnel: il faut avoir de bonnes compétences interpersonnelles. C’est un privilège d’accompagner un rider dans sa progression. Pour moi, le métier de coach est LE sentier parfait pour allier un sport que j’adore, la pédagogie, la psychologie, le leadership et le plein air !
CHANTAL: Pour s’engager comme encadreur ou entraîneur dans un club ou pour enseigner à titre de coach récréatif pour une école, il y a des formations offertes par la Professional Mountain Bike Instructor Association (PMBIA), Vélo-Québec (VQ) et la Fédération québécoise des sports cyclistes (FQSC).
Dans les clubs, ces rôles sont souvent bénévoles, parfois rémunérés. Toutes les expériences sont bonnes afin d’explorer et d’approfondir ses potentiels et une nouvelle profession. Peu importe le niveau d’engagement, ça permet d’avoir une idée des rôles et responsabilités à assumer dans les postes d'encadreur ou d'entraîneur. S’engager dans un club accrédité, reconnu et qui détient des assurances est également important, selon moi, pour améliorer ses compétences pédagogiques.
« Choisir un nouveau sentier demande de l’analyse, de la visualisation et beaucoup de courage pour oser se lancer. Se réorienter professionnellement, c’est un peu comme faire du vélo de montagne, il faut investir de son temps, évaluer les risques pour, peut-être, trouver ce fameux flow que tous cherchent à ressentir. »
- Chantal
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