Textes et photos | Stéphanie Richer

LETTRE AUX FEMMES (ET À LEUR PARTENAIRE) QUI HÉSITENT À FAIRE DU VÉLO DE MONTAGNE POUR LES MAUVAISES RAISONS

Sortir des stéréotypes


Beaucoup (trop) de femmes se laissent décourager par des idées préconçues sur le physique idéal pour la pratique du vélo de montagne. « Je suis ronde comme un ballon. » « Monter sera trop long. » « Je suis un paquet d’os, je n’aurai jamais la force. » « J’ai du mal en pédalo, je n’aurai pas assez de cardio. » Tu reconnais quelqu'un dans ces propos ? Lis ça.


Laisse-moi te raconter une histoire qui prouve que ces obstacles ne sont que de petits cailloux sur le sentier faciles à balayer sur le côté. L’histoire d'une cycliste pas tout à fait conforme aux standards et autres stéréotypes. Parce qu’il existe une montagne de raisons pour lesquelles chaque fille devrait se lancer sur les sentiers, peu importe sa taille, sa forme ou son niveau de cardio, voici mon parcours sur la piste.

ÊTRE ET RESTER SPORTIVE DE L'ADOLESCENCE À LA MATERNITÉ

J’ai toujours été sportive : patinage artistique, karaté, danse, boxe, kayak de rivière, course, randonnée. Mon corps m’a toujours supportée. Je l’ai malmené, je l’ai poussé, il ne m’a jamais laissé tomber. Il m’a même très souvent étonnée !

Comme plusieurs ados, j’ai eu des moments où le corps d’à côté semblait toujours être le plus approprié, surtout quand mes courbes se sont développées et que ma carrure s’est installée. Mais malgré tout, mes performances et mes accomplissements me réconfortaient.

Un jour arrive les grossesse et... Oh! Le diabète et… Oh! Soudain, mon corps ne me laisse plus tout décider ! J’ai dû encore une fois m’adapter. Je crois avoir réussi à bien naviguer à travers tous ces changements que la vie m’a apportés. Mon corps a beaucoup changé (mon chum était bien tanné de magasiner) puis j’ai fini par comprendre quel type de vêtements acheter.

COMMENCER LE VÉLO DE MONTAGNE SUR « LE TARD »

Il y a quatre ans, une amie m'a proposé de me lancer dans le vélo de montagne, j'ai hésité. Mon corps n'était pas exactement celui des magazines de fitness (Racines n’existait pas encore à ce moment-là). Je ne me voyais pas gravir les montagnes avec autant d'aisance que ma chum de fille Sarah-Maude, surtout qu’en comparaison, je me sentais comme un sumo cherchant son équilibre tandis qu’elle semblait voler vers le sommet telle une chèvre voltigeuse. J'ai finalement accepté d’essayer, encouragée par mon conjoint et mes deux enfants.

 

La première fois que j'ai enfourché mon vélo sur les sentiers, j'ai découvert une évasion totale, une bouffée de liberté et de bien-être. Attention… j’ai aussi laissé échapper quelques mots vulgaires et j’ai dû me motiver avec la promesse d’une bière ou d’une bonne crème glacée.

Au départ, je pensais que c’était mon surplus de poids qui faisait en sorte que c’était plus difficile. Faux ! En début de saison, tout le monde galère un peu et c’est normal. 

Parfois, lorsque les enfants étaient présents, j'étais contente de pouvoir prétendre les attendre, mais cette excuse n’a pas tenu bien longtemps. Ils grandissent vite et maintenant, quand ils arrivent en haut, c’est eux qui m’encouragent ! Dernièrement, ma fille m’a dit au sommet devant une belle myriade de gens : « Wow maman, tu es déjà là ! Ça fait juste 10 minutes que je suis arrivée ! » Du haut de ses 11 ans, elle voulait m’encourager. Les enfants aussi, ça fait travailler l’égo ! Tu sais quoi ? L’égo, vaut mieux s’en débarrasser rapidement lorsque tu enfourches ton vélo !

ROULER (OU PAS) AVEC UN CLUB DE FILLES

Lors de l’une de nos petites sorties familiales, mon amie Sarah-Maude, alias la chèvre, me propose de m’inscrire à un groupe de filles qu’elle voulait essayer : les QMG (Québec Mountain Bike Girl). Un groupe de Québec qui roule sans pression et avec comme seul but le plaisir de rouler entre filles… J'étais sceptique ! Les stéréotypes ont la vie dure ! Encore une fois, je n’étais pas certaine.

Avec ma chum chèvre, j’étais en confiance et je ne me mettais pas de pression. Mais rouler avec un grand groupe de filles, dont beaucoup semblaient être des athlètes olympiques en puissance, me rendait nerveuse. Bon, j'ai essayé ! C'est ainsi que j'ai découvert une communauté de filles passionnées, prêtes à rouler ensemble sans pression, juste pour le plaisir et, tu ne me croiras peut-être pas, mais certaines étaient XS et d’autres XXL! Merci QMG de briser mes barrières psychologiques, et non, ce n’était pas un prérequis d’avoir une forme olympique.

Rouler avec des filles offre une tout autre expérience. Pas de compétition, juste de l'entraide et des éclats de rire, même après des chutes spectaculaires (et j'en ai quand même quelques-unes à mon actif !).

Le soutien de ce groupe de filles a été crucial pour moi. Elles étaient là pour m'encourager et me booster au bon moment ! Grâce à elles, j'ai réalisé que j'étais bien plus forte et capable que je ne le croyais, peu importe mon apparence ou mes capacités physiques.

Je sais que beaucoup de filles hésitent, enfermées dans l'idée que ce sport n'est pas pour elles, réservé aux hommes, aux intrépides ou aux Olympiennes. Si en plus, elles ne correspondent pas au cliché du corps parfait, une barrière psychologique de plus se dresse devant elles.

Mes propres batailles avec le poids m'ont appris que l'acceptation de soi est un voyage tumultueux. J'ai jonglé avec les variations causées par l'âge, le diabète, les traitements médicaux et bien d'autres facteurs. J'ai toujours essayé de m'aimer malgré tout, parfois même en mentant un peu à ma fille pour lui montrer la voie de l'acceptation. Car après tout, mon bedon est parfait comme il est, même s'il a été légèrement étiré de l'intérieur.

Bien sûr, chaque saison apporte son lot de défis. J'ai appris à m'adapter, à redécouvrir mon corps et à l'accepter tel qu'il est, qu’il passe du M au XXL.

ACCEPTER SES LIMITES (SANS SE PRIVER POUR AUTANT)

L’an passé, j’ai aussi accepté que je ne roulerais peut-être jamais à la même vitesse que mon chum (alias le gars qui ne s’entraîne pas, mais qui ne souffre jamais en vélo) ! Je me suis fait offrir une belle monture électrique light ! Un des plus beaux cadeaux que mon homme pouvait me faire ! Je peux gérer plus facilement les montées et les longues distances et comme mon conjoint et moi sommes de la même taille, je lui emprunte son vélo de cuisse (non électrique) quand j’ai envie de me pousser un peu ou que je roule avec des amis à ma vitesse ! Le meilleur des deux mondes !

 

J’ai aussi appris au fil des années que les petits changements sur le vélo font de grandes différences. Non, ce n’est pas normal d’avoir mal au dos ou aux parties intimes. Il existe des ajustements pour ajuster notre vélo à notre corps et morphologie.

Après 5 ans, j’ai compris que de faire faire un positionnement par un professionnel peut vraiment avoir des effets plus que bénéfiques. Un soir, un représentant d’une clinique de physio-kiné est venu au centre où je roule. Les quelques conseils reçus à ce moment ont changé beaucoup de choses ! J’ai eu l’impression de gagner en force et en endurance en changeant la façon de mettre mon pied sur les pédales et en reculant ma selle !

En jasant avec des filles de mon problème d’irritation intime, j’ai trouvé une solution C’est ça, une communauté de filles : on parle de vulve en prenant une bière et on trouve de belles solutions pour nos petits bobos.

TROUVER ET FAIRE SA PLACE

Aujourd'hui, je suis fière d'accompagner d'autres filles sur les sentiers en encadrant dans le groupe qui m’a tant fait progresser, partageant avec elles le respect de la diversité. Car le vélo de montagne, ce n'est pas juste une question de vitesse ou de performance, c'est une aventure où chaque fille peut trouver sa place, peu importe son poids ou sa forme physique.

Alors, à toutes les filles qui hésitent, qui se sentent jugées ou qui doutent de leurs capacités : rappelle-toi que ton corps est parfait tel qu'il est.

Ensemble, brisons les barrières et redéfinissons ce que signifie être une fille active pour nous et nos enfants.

Il faut promouvoir des images et des histoires diversifiées qui montrent que le sport est pour tout le monde. On doit soutenir et célébrer chaque femme et chaque fille qui choisit de repousser ses limites, quels que soient les moyens qu’elle prend pour les dépasser. Parce qu'on sait toutes qu'on a le potentiel d'être des superhéroïnes. Nous le somme déjà au travail et à la maison… Maintenant, c’est le temps de l’être sans cape, mais avec un casque !

Car oui, chaque foufoune, qu’elle soit XS ou XXL, mérite de découvrir la liberté et le bonheur que procure le vélo de montagne, sans aucune limite. Qui sait ? Peut-être que tu n’aimera pas ça… Par contre… tu pourrais l’adopter ! Pour ça, faut l'essayer !

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